Reyas

Comme si le toit était absent, Geoffroy regarde les étoiles. Il tente de se concentrer sur son Macbook pour rattraper le retard pris sur l'inventaire du lycée (dont il est par ailleurs le principal responsable), mais n'y parvient pas. Sur chacune de ces étoiles, Geoffroy colle un nom ; le nom d'une personne qui n'en est plus une. Ces inconnus qu'il connaît mieux que personne, le Templier voudrait leur parler. Leur demander ce qu'ils pensent. Pourquoi ils lui accordent encore le moindre respect. Pourquoi, il y a des siècles, ils ont laissé des templiers qu'ils ne connaissaient ni d'Ève, ni d'Adam, les changer en pierres.

Mais le surveillant d'internat ne prête que peu d'attention à ces remords qu'il considère parasites. Après tout, il est le Gardien du Champ, et le restera toujours car changer ses convictions lui semble terrifiant. Il se remémore les paroles d'un autre gardien, pour qui ceux qui acceptent de se fier aveuglément à quoi que ce soit ne méritent pas mieux que de rester esclaves toute leur vie. Ainsi, le Templier est persuadé qu'il mérite ses remords et que tout est en ordre ; il se re-concentre sur son ordinateur et tente de rattraper son retard pour ne pas énerver le directeur du lycée. Étrange philosophie, n'est-ce pas ?

En résumé, Geoffroy est un personnage très intéressant. Sa double identité pittoresque associée à sa personnalité semi-stable pourraient le pousser à remettre en cause ses convictions les plus profondes, si jamais, par pur hasard, un événement perturbateur venait changer le cours de l'histoire. Il va sans dire que si un tel événement se produisait, de manière fortuite, bien évidemment, les conséquences seraient très intéressantes à observer. Malheureusement, personne ne peut pas forcer la main du destin. Ou peut-être que si. Au fond, tout cela n'est que de la fiction.

Introduisons donc un élément perturbateur dans le monde des gardiens du champ. Les choix sont abondants ; il pourrait s'agir d'une brèche de confinement d'un objet SCP de classe Keter, forçant les templiers du lycée à collaborer avec des étrangers. Ou bien d'une confrontation avec des athées, remettant en question tout leur système de croyances. Cependant, il est facile de trouver bien plus inédit ; assistons ensemble à la des gardiens du champ face à quelque chose qu'ils n'auraient jamais pu prédire.


Balthazar vole toutes ailes dehors, non sans difficulté. Lui qui ne fait habituellement que scruter le champs d'épées de ses yeux aviens manque cruellement d'exercice. Il atteint finalement la chambre du surveillant d'internat et prend la parole.

«­ Messire ! Messire ! outrage, calamité ! Profanation et vandalisme ! »

Geoffroy, frôlant de justesse la crise cardiaque, invite le volatile à se justifier.

«­ Messire, le fusil a remplacé l'épée !

- Balthazar, je sais que vous n'êtes pas très au fait des nouvelles technologies, mais ça fait bien plusieurs siècles que tout le monde utilise des armes à feu.

- Nenni, Messire, il est question du champ ! Toute les épées ont été changées en fusils. Je suis mystifié. »

Il ne fallut pas longtemps à Geoffroy pour vérifier les dires de son acolyte volant.

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